DES RÉGIONS
POLAIRES AUX ALPES
Itinéraire d'un compagnon de route de Paul-Émile Victor

Combien d'allers et retours entre les régions polaires et la Provence
effectués par Robert Chauchon au cours de sa longue carrière professionnelle,
où il a côtoyé les pionniers des expéditions polaires dont le plus célèbre
d'entre eux : Paul-Émile Victor.
Ce livre, enrichi de près de 400 photos inédites, décrit minutieusement et
simplement la vie aventureuse menée par les acteurs de ces expéditions extrême
qui refusent pourtant de se prendre pour des héros. L'auteur raconte, aussi
tranquillement, une carrière dense et périlleuse : d'abord monteur radio, il
sera instructeur de montagne, chef de travaux au Pic de l'Aiguille du Midi,
puis, avec Paul-Émile Victor, dans l'équipe de transport chef de raid et chef
de mission au Groenland, chef d'hivernage en raid Antarctique, organisateur des
reconnaissances et de débarquement au Spitzberg, créateur de liaisons
aériennes, d'avisurface en montagne et de l'aérodrome de Barcelonnette !
Infortunés, ceux qui naquirent en
France entre 1920 et 1925. Leurs vingt ans l'âge de la joie de
vivre vinrent après la défaite, sous l'occupation allemande, alors qu'il
était si difficile de vivre, alors que la jeunesse se trouvait réduite à une
existence contrainte et rabougrie.
La région du sud-est, avec le beau terrain de jeu de ses montagnes, fut certes
moins défavorisée que d'autres à cet égard. On y vit naître et se développer
des mouvements tels que les Auberges de la jeunesse, jeunesse et Montagne, qui
fournirent prétextes et espaces où les vingt ans pouvaient y dépenser une
part de leur trop plein d'énergie. Beaucoup de ces jeunes gens purent y résister
à l'étiolement, et même s y fortifier en vue d'un avenir espéré.
Après la guerre, en 1947, sous l'impulsion de Paul-Émile Victor, furent créées
les Expéditions Polaires Françaises, dont les programmes ambitieux se tournèrent
vers l Arctique (Groenland) et vers l'Antarctique (Terre Adélie). Elles
ouvraient une porte magique vers l Aventure pour ces jeunes dont l'ardeur, était
encore intacte. Elles offraient même beaucoup plus qu'une aventure, avec leurs
perspectives de développement, de pérennité, et la sensation, presque la
promesse, de contribuer au début d'un nouveau chapitre dans l'histoire des
hommes.

Les candidatures affluèrent. Tous ces jeunes apportaient leur enthousiasme et
leurs bras; certains un début de savoir spécialisé radio, mécanique, météo...
Robert Chauchon fut l'un d'eux. Il avait été élève pilote dans l'armée de
l'air, et avait travaillé au téléphérique de l'Aiguille du Midi. Michel Pérez,
l'un des fondateurs des Expolaires, et coéquipier de Victor au Groenland avant
la guerre, l'appréciait. Dès 1949, Robert Guillard qui jouait déjà un rôle
majeur au sein des Expolaires, tant à Paris que sur le terrain, le prenait dans
son équipe de mécaniciens des chenillettes Studebaker (weasels), véhicules
motorisés des expéditions. Cette année là fut la première campagne de
Chauchon au Groenland.
Comment ces campagnes se déroulèrent, comment il les vécut, Robert Chauchon
nous le raconte dans ce livre sous forme d'un simple journal de bord, dépourvu
de toute littérature, mais précieux par son authenticité. Il ne nous cache
rien de la vie si riche en contrastes
de telles expéditions. Contrastes du prévu
et de l'imprévu, de la grandeur des objectifs lointains et de la petitesse des
problèmes immédiats à résoudre ; du bien-être dans la détente devant un
paysage serein, et de la haute tension de l'organisme sous l'agression de la
tempête,... etc.
Ce faisant, ce récit des expéditions vers le centre de la calotte glaciaire du
Groenland illustre bien un point de vue qui m'est cher car je le crois vrai dans
tous les secteurs de l'activité collective. Pour réussir une grande
entreprise, il faut évidemment la concevoir ; donc une grande idée au départ.
Celle-ci est indispensable. Mais une fois l'action mise en route, sa réussite
ou son échec dépendent du soin qu'on apporte à en exécuter les détails. On
ne doit pas accuser un chef de trop s'occuper des détails (ce que les subordonnés
font souvent). il ne doit pas s y noyer, certes, mais ne jamais les
sous-estimer, aussi misérables apparaissent-ils parfois.
Toutes ces remarques, on peut les formuler à
nouveau pour une autre partie du livre, celle qui concerne la Terre Adélie où
Chauchon a séjourné une trentaine d'années plus tard. Cette fois ci, les
problèmes n'étaient pas ceux de la difficile progression sur une grande
distance, mais ceux de l'hivernage, de la longue nuit, de la vie communautaire
en milieu limité; vie que, depuis 1951, les expéditions successives ont rendue
de plus en plus confortable sécurisée et scientifiquement fructueuse grâce à
un travail d'équipement lequel force l'admiration.
Entre les deux, Chauchon retrouva les Alpes la tiédeur après le froid,
les fleurs après la neige, l'air parfumé après le blizzard, la profusion après
le désert, la vie après la mort. Entre ces contrastes sans doute trop violents
il lui fallait maintenir un trait d'union, une continuité. Pour notre auteur,
ce trait d'union fut la glace qu'il conserva en devenant pilote d'altitude. Après
la glace de l'Inlandsis qui crissait sous les chenillettes, Chauchon retrouva
celle des glaciers d'Europe qui craque sous les roues de son avion qu'il pose.
A la lecture de cet ouvrage, traité avec modestie et authenticité, on
comprendra combien un éclectisme de bon aloi peut nourrir la sensibilité d'un
homme d'action.
Où se le procurer ?
Chez l'auteur : 04340 Méolans-Revel
Tél : 04 92 85 53 33
Raymond
Latarjet de l'Institut
Membre fondateur des Expéditions Polaires Françaises.
Prix
: 150 F Format 16 X 24 cm ISBN 2-95111366-0-9
www.culture-francophone.com
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