Daniel Pernin : LES
LENDEMAINS D’ELSA
EXTRAITS
du tome 2
(page
5) A peine vêtue au bord de mon
lit, la peau glacée, je suis nouée comme une bûche. La tête me pèse comme
si une massue m’avait frappée ; les empreintes de mes pieds sur les
tomettes me fascinent. L’assistante du docteur ajuste un peignoir sur mes épaules.
Elle me caresse la nuque et sourit en hochant la tête : “ Ayez confiance
“.
Pourquoi me méfier ?
-
Vous souvenez-vous ? me chuchote-t-elle.
page
43) Les conclusions d’un document de la Croix-Rouge sont impressionnantes
: depuis le début des déminages en France, chaque mois, deux mille prisonniers
démineurs auraient été tués dans des explosions. Un statisticien a calculé
qu’il y a eu un décès pour cinq mille mines désamorcées. Il y en avait
cent millions à désamorcer. Une question vient de la salle.
- Combien y-a-t-il eu de morts parmi les prisonniers allemands ?
- De l’ordre de vingt mille.
(page 61)
– Quels que soient vos projets, Elsa, soyez ambitieuse et mesurée.
Sur
le pont qui mène à la rive gauche, j’ai douté de jamais revoir Joseph
Andrieu.
- Mesurée, c’est facile à dire. Comment fait-on ?
(page
94 )- Raymond
s’est dressé devant moi.
- Tu veux que je te réponde tout de suite ?
Commence donc par accepter ma demande.
- Si tu penses à ton salaire, nous trouverons certainement un arrangement.
- Non, ma condition pour accepter est que tu donnes le nom de Klaus Decker à
une rue du Lavandou.
- C’est absurde. Je considère que tu refuses de travailler avec moi.
- Non. À toi de décider. Je ne t’implorerai pas davantage.
(page
112) - Kleist était
dans le bureau de l’hôpital du Lavandou quand un employé français est venu
le chercher. “Venez vite, un accident ”, lui a dit cet homme. Une
mine a sauté. Des prisonniers déminaient la plage. Un seul homme a été tué
“. Il est parti immédiatement en voiture à l’anse de la Fossette.
- Le cadavre de Klaus, l’avez-vous vu ?
-
Entstellte Züge. Défiguré.
Je n’ai pas reconnu son visage ; c’était celui d’un soldat
mort sur le champ de bataille. L’œil fixe qui contemple le vide avec une
stupeur gelée ; la mâchoire fracassée, le front enfoncé. Seul le bas du
corps était intact. Un éclat de fer, je pense, l’avait atteint à la tête.
(page
136) - Tony s’était-il engagé
du côté des nazis ? Leinekugel fit de la tête un signe négatif.
Mais j’ai aussitôt pensé que sa réponse été trop lente pour être
authentique. Si elle avait été si lente à venir, c’est que son réalisme
avait pris le dessus. Tous les autres témoignages que nous recueillerions sur
Tony seraient en sa faveur. Il était donc prudent de répondre : “ Non,
Tony ne s’est jamais inscrit au parti nazi ” Malgré l’influence de
Martha.
- Vous savez, mademoiselle Lévy, ajouta
Leinenkugel après un temps, l’adhésion au parti était à cette époque une
exigence si l’on voulait survivre.